Le rhum était une cargaison rentable mais dangereuse pour une
goélette dans les années 1920 et au début des années 30. La vente de boissons alcoolisées était illégale à cause de la prohibition qui régnait aux États-Unis et dans quelques parties du Canada. Les gangsters américains devaient trouver de nouveaux moyens de se procurer et de transporter le rhum, le whiskey et le champagne aux nombreux clubs sociaux dans les grandes villes comme New York. Ils eurent donc recours à des marins d’expérience provenant des provinces maritimes du Canada.
Au plus fort de la prohibition, les goélettes partirent vers Cuba, vers d’autres îles des Caraïbes ou bien vers le Territoire français des Îles St-Pierre-et-Miquelon, au large de Terre-Neuve, où le commerce d’alcool était permis. Les contrebandiers d’alcool chargeaient leurs navires et s’en allaient dans un endroit de l’océan le long des côtes des États-Unis connu sous le nom de « Rum Row ». Les contrebandiers flottaient 12 miles au large des côtes – tout juste assez loin pour être légalement à l’abri de la garde côtière des États-Unis. La nuit, d’autres contrebandiers dans de rapides bateaux à moteur s’empressaient de se rendre aux goélettes et décharger les barils d’alcool.
Le plus connu de ces navires de contrebande d’alcool était le
I’m Alone, une goélette construite à Lunenburg exprès pour ce commerce dangereux. En 1929, après de nombreux voyages fructueux, deux gardes côtes de la Louisiane le pourchassèrent et le
I’m Alone cala sous les tirs. Le capitaine Jack Randall fut blessé à la jambe et un membre de l’équipage se noya.
Même si les autorités américaines les envoyèrent en prison, le capitaine et son équipage furent éventuellement libérés. On admonesta le capitaine de la garde côtière pour avoir tiré sur un navire étranger à l’extérieur des limites de 12 miles. Le gouvernement américain finit par verser une somme de 50 000 $ en compensation, et présenta des excuses.

Avec la gracieuse permission de Special Collections, Dalhousie University Libraries, Halifax, NS